La bataille de Graignes

La bataille de Graignes

Graignes

Graignes

Le scénario intitulé « La bataille de Graignes » est dédié à la mémoire des divisions aéroportées 82nd « All American » et 101st « Screaming Eagles ». Elaboré par le scénariste Marsupilami, il vous permettra de revivre la bataille qui se déroula du 5 au 12 juin 1944 dans un petit village du département de la Manche du nom de Graignes (Graignes-Mesnil-Angot depuis 2007).

Les soldats alliés qui combattirent et qui sont à l’honneur sont les hommes ayant appartenus au régiment 507th de la 82nd et plus particulièrement de son 3eme bataillon et le régiment 501st de la 101st.

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Extrait de la map M44

Les objectifs initiaux du jour J des régiments 507th et 501st PIR

gr2Dans la nuit du 5 au 6 juin, le 507th Parachutiste Infantry Regiment (PIR) devait être parachuté sur la Drop Zone T (DZ T) situé non loin de la commune d’Amfreville. Son objectif était d’aider le 505th PIR de la 82nd à tenir le pont stratégique de La Fière sur la rivière Merderet et d’établir une ligne défensive entre les villages d’Amfreville et de Gourbesville.

De leur côté les hommes du 501st PIR avaient pour objectif de capturer les sorties n°1 et n°2 d’Utah Beach à Pouppeville et Houdienville (3ème bataillon parachuté sur la DZ C) et de capturer les ponts de la Douve, et de capturer et détruire si nécessaire les ponts près de Brévands et du lieu-dit Le Port (1er et 2ème bataillons parachutés sur la DZ D)gr3

Une partie de ces parachutistes allaient connaître un sort bien différent en étant largués par erreur à plusieurs kilomètres de leur DZ (23km de la DZ T) non loin du village de Graignes qui n’avait pas identifié comme un objectif pour le jour J.

Les acteurs de la bataille

En effet dans la nuit du 5 au 6 juin, les avions transportant les parachutistes des divisions aéroportées américaines sont pris sous le feu de la DCA allemande. Bon nombre d’avions finissent par rompre la formation et certains pilotes ne sont plus en mesure de connaître précisément leur position. Il en résulte de nombreuses erreurs de parachutage. C’est ce qui se produisit pour 10 avions du 53rd Troop Carrier Squadron qui transportaient une partie du 3eme bataillon du 507th PIR.

gr000 Les pilotes confondent la rivière la Taute avec le Merderet et se croyant au-dessus de la DZ T donnent le signal aux parachutistes qui s’élancent dans la nuit. De même des hommes du 501st PIR censés être largués au Nord de Carentan se trouvent à être parachutés au-dessus de la commune de Tribehou au Sud-Ouest de Graignes.gr0000

Environ 180 parachutistes (160 du 3eme bataillon du 507th PIR et 20 du 501st PIR) sont ainsi largués au-dessus des marais bordant la Taute non loin du village de Graignes. Parmi eux on peut notamment citer le Major Charles Johnson, les Capitaines Abraham Sophian (chirurgien de bataillon) et Leroy David Brummit, le Lieutenant Frank Naughton, les Sergents Edward Barnes et Benton J. Broussard et les 2eme classe Joseph Stephaniak et John Hinchliff. Les noms de ces hommes allaient entrer dans l’histoire du village de Graignes à tout jamais.

Amitié Normande

Marthe et Odette Rigault

Marthe et Odette Rigault

L’histoire de la bataille de Graignes c’est également une magnifique histoire d’amitié entre les soldats américains et les civils normands qui vivent dans la région. En effet comme nous allons le voir, dans les jours qui vont suivre leur arrivée les parachutistes, vont être aidés par des hommes et femmes courageux qui eux aussi seront pour toujours les héros de leur commune.

Parmi eux Alphonse Voydie le maire de Graignes en juin 1944, la famille Rigault : Gustave le père, Marthe la mère et deux de leurs filles Odette et Marthe, Isidore et Joseph Folliot, Germaine Boursier, l’abbé Albert Leblastier curé de Graignes… En cette nuit du jour J ils ne savent pas encore que leur vie est sur le point d’être à tout jamais bouleversée.

 

La situation géographique

Le village de Graignes est situé sur une colline dans une zone de marais au Sud-Est de la ville de Carentan. Son église, visible à plusieurs kilomètres de distance, domine les marais. Carentan sera pendant plusieurs jours au centre des combats dans la zone américaine du débarquement.

Non loin de Graignes se trouve un petit village du nom de Port Saint-Pierre l’une des portes d’entrée vers le marais. C’est dans ce hameau que vit la famille Rigault le 6 juin 1944.

Un peu plus au Nord du Port Saint Pierre on trouve le lieu-dit du port des Planques et un pont qui enjambe le canal de Vire et Taute. Ce pont est le seul point d’accès pour rejoindre le village de Montmartin-en-Graignes.

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Situation géographique générale du village de Graignes

Le parachutage et les premières heures du 6 juin

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Clocher de l’église de Graignes vu depuis les marais

Nous sommes dans les toutes premières heures du 6 juin. Les parachutistes atterrissent pour certains directement dans l’eau synonyme parfois de noyade. Le Lieutenant Naughton quant à lui se retrouve avec de l’eau jusqu’aux épaules. Après s’être extirpés des suspentes de leurs parachutes les soldats américains réalisent qu’aucun repère au sol ne correspond au briefing qu’ils ont reçu avant le jour J. Ils ignorent tout de leur position.

Le seul repère remarquable qui se distingue grâce au clair de lune et le clocher et la croix de l’église de Graignes située sur une colline avoisinante. L’église devient dès lors un point de ralliement pour les parachutistes.

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Sergent Benton Broussard

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Maison de la famille Rigault aujourd’hui

Sur leur chemin nombre d’entre eux s’arrêtent dans les fermes afin d’interroger les locaux en vue de déterminer leur position. C’est ainsi que vers 1h00 du matin un parachutiste accompagné d’une voisine se présente à la porte de la demeure de la famille Rigault au Port Saint-Pierre. A la lumière de la bougie le soldat déplie une carte et demande à la famille où il se trouve. Le village de Graignes ne figure pas sur sa carte … et dès lors il comprend qu’il lui sera très difficile voire impossible de remplir sa mission du jour J.

A l’aube de nombreux parachutistes menés par le Sergent Benton Broussard, canadien de Louisiane parlant français, se regroupent chez les Rigault avant de se diriger vers le centre de Graignes.

Les hommes du 501st de la 101st Airborne ont atterri du côté de la commune de Tribehou au Sud-Ouest de Graignes. Parmi eux se trouve le soldat Frank Juliano et le Capitaine Loyal Bogart blessé par la Flak alors qu’il était encore dans son avion.

Un planeur Waco appartenant au 74th Transport Carrier Squadron (53rd Transport Carrier Wing du 9th Troop Carrier Command) est lui aussi largué par erreur dans le secteur de Graignes non loin de Tribehou. Ses pilotes, le Flight Officer Irwin J. Morales et le Lieutenant Thomas O. Ahmad, parviennent à s’extraire de la carcasse de l’appareil après l’atterrissage avec deux soldats, Norwood Lester et George A. Brown. Marthe Rigault dans ses témoignages indique également avoir exploré l’épave d’un planeur qui avait atterri dans les marais.

Le regroupement au centre de Graignes, le 6 juin

Au fil de la journée du 6 juin les parachutistes se regroupent au centre de Graignes non loin de l’église du village. Ils sont accueillis par l’abbé Albert Lebalastier, curé de Graignes en juin 1944 et le maire de la commune Alphonse Voydie.

Deux photos  montrent l’église de Graignes prises sous le même angle de vue dans les années 1900 avant le jour J et aujourd’hui. Comme nous allons le voir l’église fut l’objet de destruction pendant la bataille de Graignes et ne sera jamais reconstruite. Elle est désormais un mémorial en l’honneur des victimes militaires américaines et civiles normandes.

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L’église de Graignes avant le jour J

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L’église de Graignes aujourd’hui

Le Major Charles D. Johnson en tant que plus gradé prend le commandement des parachutistes qui se sont regroupés. Il établit un périmètre défensif et installe son poste de commandement dans l’école de Graignes. Parmi ce premier groupe de parachutistes on trouve également les Capitaine David Brummit et Abraham Sophian. Les soldats ont déjà à leur disposition quatre à cinq mitrailleuses et deux mortiers.

En fin d’après-midi du 6 juin un second groupe de parachutistes comprenant des hommes de la 82nd et de la 101st et parmi lesquels on trouve le lieutenant Frank Naughton rejoint le centre du village.

Les parachutistes creusent des trous de combat et préparent des positions de tir comme ils l’ont appris à l’entraînement. Le clocher de l’église est utilisé pour l’observation tous azimuts, le groupe mortier s’installe à proximité du cimetière et des sonnettes sont placées le long des axes d’approche du village. Les parachutistes disposent également de mines antichars qu’ils mettent en place sur les principaux axes.

Deux possibilités s’offrent alors aux parachutistes réunis : rester sur place ou rejoindre le reste des troupes aéroportées. Le Capitaine Brummit est partisan de rejoindre le secteur de la 101st près de Carentan pour ensuite regagner celui de la 82nd. Il propose de réaliser une marche de nuit à travers les marais et de détruire les armes lourdes qui ne pourront être transportées. Le Major Johnson quant à lui est partisan de rester sur place et d’établir des positions défensives en attendant d’être rejoint par les forces alliées qui sont débarquées sur les plages d’Utah Beach et Omaha Beach. C’est la deuxième option qui est finalement retenue.

Le maire de la commune est alors convoqué par le Major qui lui demande une pleine coopération de la part de ses administrés notamment pour récupérer les containers contenant des munitions et des armes lourdes parachutés dans les marais. Lors de cette rencontre le Sergent Benton Broussard, rencontré par la famille Rigault, joue le rôle de traducteur.

L’organisation de la position défensive le 7 juin

Le lendemain, 7 juin, le maire réunit ses concitoyens dans le bâtiment de la mairie de l’époque situé non loin de l’église.

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Ancienne mairie de Graignes où le maire réunit ses concitoyens le 7 juin

Il est décidé de mettre en place une cuisine permanente dans le café-épicerie appartenant à Germaine Boursier. La maison de Madame Boursier surnommée la « Maison rouge » qui fait café est également utilisée pour préparer les rations des soldats. Les femmes du village allaient s’organiser pour nourrir les parachutistes.

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Ancien café-épicerie de Germaine Boursier aujourd’hui

Les autres villageois y compris les enfants aideraient à la récupération des containers éparpillés dans les marais afin de rapporter tous les équipements (munitions, armes lourdes, explosifs …) dont auront besoin les parachutistes. C’est ainsi que Marthe et Odette Rigault avec l’aide d’Isidore Folliot, ami de la famille, parcourent le marais. De leurs expéditions elles ramèneront toutes sortes de munitions qui seront stockées dans la grange de la ferme familiale située non loin de leur maison en bordure du marais.

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Demeure de Germaine Boursier surnommée la « Maison rouge » avant le jour J

Elles récupèrent également des toiles de parachutes T5 faîte de soie blanche qu’elles cachent dans la grange. Elles ne le savent pas encore mais cette soie « venue du ciel » servira quelques années plus tard à la confection de la robe de mariage d’Odette et de ses demoiselles d’honneur.

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L’une des toiles de parachute récupérée par Marthe et Odette.

Dans la journée du 7 juin, à la demande des parachutistes américains, Odette se portera volontaire pour charger les munitions retrouvées le marais dans la charrette familiale. Les caisses de munition dissimulées sous du foin, elle empruntera seules les routes de campagne entre Port Saint-Pierre et Graignes pour livrer sa précieuse cargaison aux soldats alliés au centre du village. Fort heureusement elle ne rencontrera aucune patrouille allemande sur son chemin et arrivera sans encombre à rejoindre Graignes. Frank Naughton conservera un souvenir précis et ému du courage de cette jeune femme.

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Chemin emprunté par Odette avec sa cargaison de munition aujourd’hui

Patrouille et premiers contact avec l’ennemi les 8, 9 et 10 juin

Pendant les jours suivants les parachutistes américains vont mener des patrouilles autour de Graignes afin de repérer et évaluer les forces allemandes présentes dans la région. Un poste d’observation est également installé dans le clocher de l’église. Pendant ces trois jours les contacts avec l’ennemi vont aller crescendo.

Dès le 8 juin un premier accrochage a lieu près du pont situé au Nord du village au lieu-dit du port des Planques. Onze soldats américains attaquent un convoi hippomobile allemand et finissent par se replier.

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Port des Planques aujourd’hui

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Pont de Graignes et canal de Vire et Taute aujourd’hui

Le 9 juin, le Major Johnson donne l’ordre au Lieutenant Frank Naughton de détruire le pont afin de prévenir tout accès des forces allemandes par le Nord. Dès les charges explosives placées sur l’édifice une trentaine de soldats allemands sont repérés. Le Lieutenant ordonne immédiatement la destruction du pont et coupant ainsi l’une des principales voie d’accès au village.

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Vue aérienne en 1944 du pont de Graignes et du Port des Planques

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Vue aérienne du pont de Graignes et du Port des Planques aujourd’hui

Durant la même journée un autre accrochage a lieu du côté de la commune de Tribehou au Sud-Ouest de Graignes. Un groupe de parachutistes du 501st de la 101st Airborne, dont fait partie Frank Juliano, sont postés non loin d’un calvaire situé sur l’actuelle départementale D 29. Un side-car allemand se présente au niveau du calvaire. Immédiatement les parachutistes neutralisent les deux hommes et réalisent en les fouillant qu’ils appartiennent à une unité de reconnaissance de la 17eme Panzer division SS Götz von Berlichingen.

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Calvaire où eut lieu l’accrochage avec l’unité de reconnaissance de la 17eme Panzer division SS Götz von Berlichingen

Le lendemain, samedi 10 juin, un camion allemand dans le quel se trouve quatre soldats allemands se présente au calvaire. Comme la veille les allemands sont neutralisés et le camion finit sa course contre une haie.

Ces multiples accrochages allaient inévitablement conduire à une offensive allemande d’envergure.

Le Dimanche 11 juin, l’offensive de la 17eme Panzer division

En ce 11 juin les parachutistes sont autorisés à se rendre à la messe qui se déroule dans l’église de Graignes. La messe de l’Albert Leblastier a démarré depuis environ 1h quand vers 10h l’alerte est donnée. Les forces allemandes sont en approche. Un peu plus tôt de nombreux soldats ennemis ont été repérés près du calvaire.

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Le Capitaine Abraham Sophian

Les parachutistes s’apprêtent à affronter la 17eme Panzer division SS Götz von Berlichingen. Cette division stationnée au sud de la Loire à Thouars reçu, dans la journée du 6 juin, l’ordre de se diriger vers la Normandie. Devant la progression alliée, son objectif est désormais de reprendre la ville de Carentan.

La première attaque sur Graignes a lieu vers midi. Les américains parviennent à repousser les SS au prix de lourdes pertes.

Le Capitaine Sophian avec l’aide de deux infirmiers met en place une poste de secours dans l’église vers laquelle tous les blessés sont transportés. L’abbé Leblastier, le père Louis Lebarbanchon et plusieurs habitants (en particulier Eugenie Dujardin et Madeleine Pézeril) aident également aux soins des blessés.

Les forces allemandes se regroupent dans la commune du Mesnil-Angot au Sud de Graignes. Vers 14h30 dans ce même secteur, une batterie d’artillerie est installée dans le village de Thieuville et commence à pilonner les positions américaines. Le clocher de l’église et le poste de commandement sont notamment pris pour cible. Cette deuxième attaque allemande durera jusqu’aux alentours de 9h00 du soir.

Les parachutistes sont peu à peu débordés par le nombre d’assaillants. Ils finissent par se replier autour de l’église située au centre du village. Devant la situation de plus en plus critique le Major Johnson donne finalement l’ordre d’abandonner les positions et de se replier vers le marais.

En ce début de soirée du 11 juin, la situation est très confuse. Certains parachutistes ne recevront jamais l’ordre de repli et continueront à se battre jusqu’à épuisement de leurs munitions. C’est durant ces heures dramatiques que le sort de nombreux parachutistes va se jouer. Certains réussiront à s’échapper, c’est notamment le cas du Lieutenant Naughton. D’autres perdront la vie pendant le repli comme le Major Johnson. Certains seront capturés et par la suite exécutés comme nous allons le voir.

Enfin nous ne connaîtrons jamais les derniers instants de nombre d’entre eux. Ce fut notamment le cas du Sergent Benton Broussard qui ne sera jamais retrouvé. Il fut vu pour l’une des dernière fois alors qu’il faisait ses adieux à Germaine Boursier vers 6h00 du soir.

La fuite vers Port Saint-Pierre et la traversée des marais

En ce matin du 12 juin les derniers parachutistes quittent peu à peu leurs positions. Les villageois ont pour la plupart également abandonné le village.

Environ 80 américains se rassemblent au Port Saint-Pierre au Nord de Graignes. Parmi eux on compte notamment le Lieutenant Naughton et le Capitaine Brummit.

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Port Saint-Pierre en 1944

Dès le 12 juin certains des parachutistes entament la traversée des marais dans le but de rejoindre les positions américaines aux alentours de Carentan.

D’autres trouvent divers refuge et préfèrent patienter quelques temps. C’est notamment le cas de Frank Juliano de la 101st Airborne qui restera caché dans le grenier d’une maison jusqu’au 13 juillet date de la libération de Graignes. Un autre parachutiste restera caché dans le clocher de l’église avant d’être évacué à la faveur de la nuit par l’institutrice du village.

Un groupe de 21 parachutistes décident de se réfugier dans la grange de la ferme de la famille Rigault au Port Saint –Pierre en attendant de trouver une solution pour traverser les marais. Ce groupe restera dissimulé et échappera à une patrouille allemande qui fouillera la ferme des Rigault.

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Grange qui fut utilisée comme refuge en juin 1944. L’un des accès a été muré.

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Accès à la Taute non loin de la ferme Rigault d’où partirent le groupe de 21 parachutistes… autrefois

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Accès à la Taute non loin de la ferme Rigault d’où partirent le groupe de 21 parachutistes… (Aujourd’hui)

Finalement le 14 juin ils traverseront les marais à bord de bateaux à fond plat, les gabares. La famille Rigault a organisé leur traversée des marais. Ils partent de l’accès à la Taute situé non loin de la ferme. Leur guide sera un jeune garçon de 15 ans, Joseph Folliot, fils d’Isidore Folliot.

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Vue aérienne de la propriété des Rigault en 1944

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Vue aérienne de la propriété des Rigault aujourd’hui

A bord de leurs embarcations les parachutistes remontent la Taute jusqu’au village Saint-Hilaire-PetitVille.

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Pont situé à Saint-Hilaire-PetitVille où les parachutistes finirent leur périple dans les marais

Assassinat à l’église et destruction

Le 11 juin le Capitaine Sophian et ses deux infirmiers décident de rester avec leurs dix-sept blessés dans l’église de Graignes et ce malgré l’ordre de repli général.

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Intérieur de l’église de Graignes avant guerre

L’abbé Leblastier, le père Louis Lebarbanchon et plusieurs habitants (dont Eugénie Dujardin, Madeleine Pézeril et Germaine Boursier) ont également fait ce choix.

Un drapeau blanc est placé sur la porte d’entrée en signe de reddition.

Les SS qui entrent dans le village dans la nuit du 11 au 12 juin sont animés par un esprit de vengeance. Le sort des parachutistes qui sont restés n’a jamais pu être établi de façon certaine.

Trois parachutistes grièvement blessés et intransportables auraient été tués dans l’église.

Les autres américains sont divisés en deux groupes.

Cinq d’entres eux sont conduits derrière le café de Germaine Boursier où ils sont exécutés à la baïonnette et jetés dans une mare avoisinante.

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Sépulture de l’abbé Leblastier

Neuf autres sont emmenés dans un champ situé non loin de la commune du Mesnil-Angot où ils seront également exécutés d’une balle dans la tête après avoir creusé leur propre tombe au matin du 12 juin.

Le Capitaine Sophian sera quant à lui fait prisonnier en compagnie du Capitaine Loyal Bogart de la 101st Airborne. Les deux hommes seront interrogés puis finalement exécutés quelques jours plus tard dans la commune de Tribehou.

L’abbé Leblastier et le père Louis Lebarbanchon furent également exécutés devant leur maison dans la nuit du 11 au 12 juin. Les corps des deux hommes seront dissimulés sous des branchages. Ils payaient ainsi au prix de leur vie leur assistance aux soldats alliés. Eugénie Dujardin, Madeleine Pézeril seront également exécutées.

Dans la journée du 12 juin la population de Graignes relevait les corps des parachutistes jetés dans la mare et des deux religieux afin de préparer leur inhumation. Finalement sous la menace des allemands ils sont contraints d’abandonner.

Il faudra attendre le 25 juin pour qu’il soit finalement procédé à la mise en bière des deux prêtres mais encore une fois une patrouille allemande perturbe la cérémonie. Deux jours plus tard les forces allemandes mettent le feu au presbytère avec à l’intérieur le corps des deux hommes. Il ne sera retrouvé d’eux que quelques ossements. Une sépulture se trouve désormais à l’emplacement de l’ancienne église.

Dans la journée du 13 juin les différents bâtiments du village font aussi l’objet d’une destruction systématique par les SS. Au final la quasi-totalité du village est détruite. Le clocher de l’église de Graignes encore visible aujourd’hui et l’un des rares édifices encore debout. Après la guerre le village sera reconstruit un peu plus au Sud dans ce qui s’appelle aujourd’hui le nouveau bourg.

Graignes après les destructions du 13 juin

Ruines de l’église de Graignes après la bataille

Le 30 juin les derniers habitants de Graignes sont forcés d’abandonner le village sur ordre des forces allemandes.

Le village est finalement libéré le 12 juillet 1944 par les américains du 113th régiment de cavalerie. Les habitants ne reviendront de leur exil qu’à partir du 20 juillet.

L’après guerre et le devoir de mémoire

L’histoire du village de Graignes restera longtemps méconnue. Frank Juliano sera le premier à revenir sur les lieux après-guerre. Le 12 juin 1949 dans les ruines de l’église un premier mémorial franco-américain est inauguré en présence de l’ambassadeur des Etats-Unis.

Puis Graignes tombe dans l’oubli…

En juillet 1944 la famille Rigault (Marthe, Marie-Jeanne et leur père) de retour chez eux

Marthe et Odette garderont à jamais un souvenir éternel des parachutistes américains. La soie des parachutes récupérés dans les marais servira à la confection de la robe de communion de Marthe et à la confection de la robe de mariée d’Odette et de celles des demoiselles d’honneur.

 

Mariage d’Odette et de sa sœur Marie-Jeanne

 

Gustave Rigault et Isidore Folliot

Gustave Rigault et Isidore Folliot

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Marthe Rigault et Frank Naughton devant la grange où les 21 parachutistes se réfugièrent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En juin 1984, Frank Naughton revient sur les lieux de la bataille. C’est la première fois qu’il revient en Normandie. 60 ans ont passé… Il retrouve Marthe et Odette Rigault. C’est le cœur plein d’émotion qu’elles apprennent enfin ce que sont devenus les parachutistes qui s’étaient réfugiés dans leur ferme au matin du 12 juin.

En 1986, Frank Naughton revient avec son épouse pour remettre à 11 habitants de Graignes (dont 5 à titre posthume) la plus haute décoration civile des USA : le Distinguished Civilan Service. Odette et Marthe seront de ceux-là. La décoration sera également décernée à Germaine Boursier, Alphonse Voydie, Eugénie Dujardin, Madeleine Pézeril, frère Lebarbanchon, l’abbé Albert Lebalstier, Joseph Folliot, Charles Gosselin, Renée Meunier.

David Brummit ne reviendra malheureusement jamais à Graignes de peur que les habitants de la commune n’aient jamais pardonné aux parachutistes de les avoir abandonné après la bataille.

Il n’en était rien…

 

 

Graignes et les lieux de la bataille aujourd’hui

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Le village de Graignes est désormais divisé en deux parties. Le vieux bourg qui n’est autre que le village tel qu’il était en juin 1944 et le nouveau bourg qui est l’emplacement sur lequel le village fut reconstruit après la guerre.

bourg

Le vieux bourg aujourd’hui : On peut notamment y voir les ruines de l’église qui est désormais le mémorial de la bataille.

A l’intérieur de l’église on trouve la tombe de l’abbé Leblastier et une plaque reprenant les noms des victimes civiles et des parachutistes américains ayant perdus la vie pendant la bataille de Graignes.

Plaque indiquant le nom des victimes

La vue aérienne du vieux bourg ci-dessous indique les bâtiments et emplacements qui peuvent encore être avec la bataille de Graignes

1 : Mairie de Graignes en juin 1944 où Alphonse Voydie réunit les habitants le 7 juin

2 : Ruines de l’église de Graignes dèsormais mémorial de la bataille

3 : Café-épicerie de Germaine Boursier où les repas furent préparés pendant la bataille

4 : Epicerie Hirard de Graignes

5 : Chemin qu’emprunta Odette Rigault le 7 juin pour ramener les munitions aux parachutistes

Centre de Graignes avant guerre. L’église est en arrière-plan, à gauche se trouve le café-épicerie de Madame Boursier et à droite se trouve l’épicerie Hirard.

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En arrière-plan une bonne partie du bâtiment de l’église a disparu. A gauche on reconnaît le bâtiment de Germaine Boursier. A droite l’ancienne épicerie est désormais devenue une maison particulière.

 

 

Réalisé en Septembre 2014 par Bertrand Huron (alias Marsupilami 44)

 

Bibliographie

Cet historique de la bataille de Graignes a été rédigé par Marsupilami grâce à toutes les sources citées ici :

Sites web francophones sur le Jour J

Sites web d’association

Sites web anglophones sur les divisions aéroportées américaines et le jour J

Autres sites web

Ouvrages sur la bataille de Graignes

  • La Bataille de Graignes, les Paras Perdus
  • (Dominique François)
  • Silk From the Sky
  • (Dr. Eric Groce)

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